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26/10/2011

Seul à Senenne

gare,train,senenne,ligne 128,pft,sncbC'est le récit d'une aventure un peu extrême que celui de mon passage à Senenne, l'an dernier. Le village, situé dans l'entité de Ciney, balise mollement la ligne 128, celle à qui le PFT rend une seconde jeunesse, un demi-siècle après l'arrêt de l'exploitation par les chemins de fer de l'Etat. Mais, à peu de choses près, le train ne circule que le dimanche, d'avril à octobre, quatre fois sur la journée.

La ligne, qui joue à saute-mouton avec le Bocq, reliera à terme Ciney à Yvoir comme au bon vieux temps. Affluent de la Meuse, le Boc a creusé une vallée encaissée, fortement imprégnée, défiant le génie civil et l'habitat de masse. Comme ailleurs le long du tracé, Senenne a gardé un caractère rural marqué, dans un paysage sublimement gâché par l'imposant viaduc autoroutier de la E411. Soit.

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Senenne dispose du plus petit quai de chemin de fer du pays. Un seul tout petit quai, dix mètres tout au plus, avec pour seul équipement un banc, un panneau d'information et un écriteau en bois renseignant le nom du lieu. Le point d'arrêt est plus que facultatif, car seuls les autorails le desservent, pas les autres engins historiques du PFT. Pour les riverains, le train est un beau jouet, pas une option de transport.

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gare,train,senenne,ligne 128,pft,sncbIl faut savoir ce que l'on fait lorsqu'on demande l'arrêt à Senenne sous une pluie battante, un dimanche après-midi! Car il n'y aura ni refuge, ni échappatoire. Après avoir sublimement raté la photo qui me tenait à coeur, je me suis aventuré de par les champs, pour ne pas rester sur le banc trempé. Avant même d'atteindre Sovet, j'ai rebroussé au pas de charge pour ne pas rater le dernier train du jour, de la semaine.

La pluie a doublé d'ardeur et, soudain, je n'étais plus sûr du chemin. L'horloge avalait les minutes tel un ogre affamé. Aveuglé, ivre d'averses, j'ai navigué à l'instinct entre le maïs et les prés. J'ai tâté la terre du pied, en tentant mon destin, en cherchant mes rails, mon chemin tracé. J'ai atteint le petit quai trois minutes avant l'heure, dernier délai avant une semaine seul à Senenne.

 

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[ILLUSTRATIONS - Le point d'arrêt facultatif de Senenne sur la ligne 128 (Ciney-Purnode), photographié le 8 août 2010. La ligne est aujourd'hui exploitée par le PFT.]

21/08/2010

Au-delà de Purnode

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Purnode2.JPGJe me suis levé aux aurores, ce dimanche d'août, pour retourner voir les gares du Bocq. Quatre mille mètres à pied et quatre trains plus loin, j'ai débarqué à Purnode sous un ciel incertain. L'autorail du PFT a rebroussé chemin, tandis que Monsieur le chef de gare honoraire de Dorinne-Durnal, que je rencontrerai bien un jour, emmenait, flanqué de ses chiens, une poignée de randonneurs suréquipés le long du Bocq. Je suis resté seul à quai un bref instant, pour peser le possible et l'impossible.

Le charme du Bocq tient dans sa nature sauvage et l'abondante végétation dans la vallée qu'il a creusé. Aussi, une connaissance théorique des courbes et des voies ne se traduit pas, comme en milieu urbain, en un itinéraire certain. Contre la montre, il faut chercher, deviner, improviser. Les propriétés privées font dévier, les herbes foulées font espérér. Ainsi donc, à Purnode, j'ai perdu de longues minutes à sonder le terrain.

Je n'emporte ni GPS, ni carte, ni boussole. La carte, je la regarde sommairement la veille. Dans des reliefs accidentés noyés de verdure estivale, la marge d'erreur est donc importante. C'est pourquoi j'ai vite compris que je n'atteindrais pas ce jour l'ancienne gare d'Evrehailles. La poutre en béton sur le Bocq, que j'ai franchi, menait sur une fausse piste. J'ai pataugé dans le boue là où il fallait garder le pied ferme.

Purnode3.JPGQu'importe! J'ai rejoint la voie, perchée au-dessus d'un pont. C'est là que s'activeront, dans les mois prochains, les aventuriers du PFT. Entre fougères et ronces, j'ai suivi le routin le long des rails rouillés. Evidemment, c'est toute l'assiette de la voie qu'il leur faudra nettoyer et stabiliser, car même une draisine n'irait pas loin sur ces traverses pourries. Le ballast remis, les antiques autorails pourront un jour revenir à Evrehailles, puis à Yvoir.

Après un bon moment, je suis reparti sur mes talons, en veillant à ne pas éveiller les dieux du coin. Sans l'appel irrésistible de Senenne, je serais resté encore longtemps bercé par le silence de cet écrin rocheux et son demi-siècle de sommeil. A Purnode, en gare, je me suis tourné une dernière fois vers Evrehailles, comme pour attendre un train sorti du futur, ou du passé.

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29/08/2009

Remonter le temps le long du Bocq

Ma passion pour la chose ferroviaire est débordante. Il peut donc paraitre étonnant que j'aie attendu aussi longtemps avant de me laisser charmer par le Chemin de fer du Bocq. C'est qu'en gourmand malin, j'aime espacer les plaisirs et meubler les intervalles d'étapes utiles. Assuré de passer un moment fort tout au long de la ligne 128 (Ciney-Yvoir), je tenais vraiment à réunir les meilleures conditions. Attendre les vacances pour me débarrasser des tares physiques et émotives. Attendre le soleil d'un été charmeur, pour habiller mon parcours de chaleur, de lumière et de légèreté. Attendre enfin l'instant propice aux éblouissements, celui où le détail éclipse l'essentiel et où la poésie de l'imparfait parle plus que l'excitation du futur proche.Bocq1.JPG

Croyez-moi, mon regard n'a pas séché jusqu'à ce que je pose le pied en gare de Dorinne-Durnal! Il y avait bien sûr le vieil autorail de la série 46 (1952-1994) avec lequel on sillonne la vallée du Bocq. Qu'il parait frêle et fragile quand on l'aperçoit pour la première fois en débarquant à Ciney! Mais, une fois qu'on est à bord, il rassure et régale en se jouant des méandres du Bocq. L'expérience est ultra-sensorielle car les cinq sens peinent à traduire l'émerveillement. Lentement, au rythme du vieux diesel, il remonte le temps et traverse des contrées que trente mille jours et nuits ont laissé intactes, vertes comme jadis. A Senenne, il nargue les toits de fermes antiques. A Spontin, il caresse les flancs d'une locomotive vapeur, sans doute une ancienne copine de jeu. Puis il traverse un tunnel, et là on perd les dernières notions du jour et de l'heure. Finie la vie en technicolor. En rouvrant les yeux, tout est en noir et blanc jauni, comme ces vieilles cartes postales qu'on parcourt au détour d'une brocante.Bocq2.JPG

Et puis il y a les gares d'une grâce rarement égalée. Figées, intemporelles, éternelles et donc, pour moi, abouties, parfaites, quintessentielles. Plus tard, je vous parlerai en images de l'une ou l'autre. Ici, je souhaite rester bien en ligne, posé, sans privilégier ni trahir, car chacune, de Braibant à Purnode, mérite l'arrêt et le détour, à l'aller comme au retour. Le visage tanné par notre bel été, je rêve déjà de les revoir en hiver, caressées par la neige, et m'asseoir sur leurs quais sans horloges et sans horaires, à attendre, longtemps peut-être, d'impossibles convois d'hommes en chapeaux.

Et tout ça, grâce à l'extraordinaire dévouement de dizaines de volontaires qui, depuis quelques années déjà, ont rendu au Bocq son train. Tous sont cheminots ou presque. Chapeau bas, Messieurs Dames, c'est de la belle ouvrage! Un jour, si la vie le veut, j'aimerais que vous me parliez de votre amour pour ces rails d'hier. Au fil des mots, peut-être, vous m'aiderez à retrouver mon chemin. Ce chemin, qui n'est pas court mais court le long des rails...

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(Illustrations: En haut, l'autorail 4605 du CFB s'éloigne de Dorinne-Durnal et roule en direction de Purnode le 9 août 2009. Au milieu, l'autorail 4605 arrive en gare de Spontin, où il va marquer un arrêt d'une demi-heure pour permettre aux voyageurs de se restaurer. En bas, la gare de Dorinne-Durnal est désormais la propriété d'un bienheureux particulier.)