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13/03/2015

Réductions à Walcourt

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Je ne passe à Walcourt qu'épisodiquement, trop par à-coups à mon goût. Si mon regard n'en garde que trop peu de pixels, j'ai trouvé la recette de l'histoire. Je me souviens de la première impression, il y ahuit ans, celle d'un bourg fleuri sous la pluie, catholique comme sa basilique, silencieux sous ses croix. D'une gare sans caténaire, blanche mais si pâle sous un ciel de plomb.

En marchant avec le temps, j'ai ajouté à cette première réduction un peu de liant. J'ai cerné la gare comme il le faut, le jour et la nuit, en explorant ses emprises. Bouillonnant déjà, je me la suis décrite comme elle était jadis, à la belle époque, celle de la remise et des réserves de charbon, des vapeurs haletantes et des petits trains revenus de Fraire Humide ou Silenrieux.

La gare est une des plus vieilles du Royaume (1848). Une gloire du Grand Central aux volumes basiques, aux contours austères. Une place forte de l'Entre-Sambre-et-Meuse autrefois richement ferré, jamais électrifié. Une gare bercée par l'Eau d'Yves et ses remous qui lui donnent une patine sous un soleil naissant, un peu de crème dans le mélange. 

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walcourt,sncb,gare,train,ligne 132Debout au passage à niveau, accroupi sur le pont, j'ai observé l'échappée des petits autorails sur la voie unique vers Yves-Gomezée. Agenouillé sur le quai, assis par terre au pied du vieux fourgon, j'ai noté qu'ils étaient moins nombreux. C'est un effet pervers du nouveau plan de transport, une réduction mal maîtrisée de l'offre, une erreur historique pour les voyageurs attristés.

Tel un condamné en fin de permission, je suis monté dans l'autorail vers Jamioulx. Mais il m'a semblé, le soir tombé, que la gare brillait à nouveau, blanche pétant sous le feu des lampadaires. Fort de ces impressions, je suis reparti ébloui par la promesse d'un retour à Walcourt où, fouetté par le temps, je pourrai me faire de son histoire une sauce goûteuse et bien lisse. 

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18/08/2013

Transit obligeant à Charleroi-Sud

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sncb,gare,train,charleroi-sud,ligne 124,ligne 130,ligne 130a,ligne 132,ligne 140"C'est un peu gore là-bas, non?". Cette question anodine m'est venue, il y a quelques années, d'un collègue à qui j'expliquais que mes trajets quotidiens comprenaient une correspondance à Charleroi-Sud. Il me faut dire déjà que certains clichés ont la vie dure et que, Dieu merci, l'atmosphère d'un jour n'est pas nécessairement celle du lendemain. Pour appréhender cette gare, un seul conseil: restez naturels à toute heure!

Rénovée, réactualisée, rééquipée il y a peu, la gare de Charleroi-Sud n'est plus le coupe-gorge qu'elle a été, à certaines heures du jour et de la nuit, de par le passé. Dans un tissu économique et social fragile, la ville se cherche un peu, et ses atermoiements se retrouvent parfois à la gare. Au pire, c'est un petit bouillon malsain, mais - je vous l'assure sans rire - pas de quoi faire la soupe à la grimace. Rester naturel...

...et voir enfin ses couleurs et sa lumière. Charnière de mes navettes, transit obligé entre Lobbes et Bruxelles, entre ma cité oubliée et la ville où je reviens toujours, un peu comme la marée, Charleroi-Sud éclaire mes journées selon ses humeurs. Des femmes et des hommes y travaillent - des gens bien. A bien y voir, le bleu et le rouge rosé dominent, même et surtout la nuit.

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sncb,gare,train,charleroi-sud,ligne 124,ligne 130,ligne 130a,ligne 132,ligne 140J'aime ses couleurs, toutes ses couleurs, même les plus sombres. Il m'arrive d'y venir simplement quand je m'ennuie, histoire de voir ce que réserve l'inconnu. Je n'y suis indifférent à personne, mais je digère dans le calme, transit obligeant. J'y rêve d'un autre temps, où les trains ronflaient sous la halle pendant qu'au buffet des dames en chapeaux prenaient le thé dans de la vieille porcelaine.

Demain, je reviendrai à Charleroi-Sud encore et encore. A la dame âgée qui s'inquiète, j'offrirai des mots complaisants sur les retards. Au jeune désoeuvré qui galère, je donnerai une pièce mais surtout mon amitié. Au contrôleur qui peste, j'accorderai mon sourire et mon soutien. A Charleroi-Sud, imprégné de ses couleurs, je resterai naturel, matin et soir, transit obligeant...

 

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[ILLUSTRATIONS, de haut en bas - Le soir du 29 décembre 2011 comme tous les autres soirs depuis quelques années, la gare de Charleroi-Sud est joliment éclairée. :: Vue du site de la gare de Charleroi-Sud prise le 2 février 2013. A la gauche de l'imposant bâtment voyageurs se trouve l'hôtel des chemins de fer SNCB Holding. A l'avant-plan s'étalent les quais de la gare des bus et du métro de Charleroi. :: La 2745, pantographes baissés, en tête d'un train de voitures M6 au repos. Normal, la photo a été prise un dimanche après-midi, le 23 juin 2013. :: Le 17 décembre 2010, sous la neige, la 2904 passe à hauteur du block 20 et du 4603, le vieil autorail Brossel faisant figure de monument. Les TRAXX sont relativement peu présentes à Charleroi-Sud. :: La gare de Charleroi-Sud n'attend que vous. De vous à moi, il y a peu de pas et pas de peur entre deux personnes qui se respectent...]

23/11/2010

Fenêtre sur Cour

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Cour-sur-Heure2.JPGSur la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg), la gare de Cour-sur-Heure court après l'éternité. Etrange ambition de la pierre, qui n'a cure des chiffres ou de la raison. Car Cour est une gare de village, en zone rurale, où pierres et terres font encore la fierté des habitants. Revenez dans cent ans: elle se tiendra toujours, même sans rails, en puisant, dans l'Eau d'Heure qui coule, son aura.

Ceci n'est qu'une fenêtre sur Cour, pas un panorama. Il faut y vivre pour prétendre à plus, et la voir, à toute heure, sous des éclairages différents. Le passant étranger, passager du temps, n'y verra qu'une seule image, un instantané trompeur sous le soleil ou sous le vent. Le chasseur d'images, qui croyait prendre, est pris. Chaque cliché est à refaire, hier comme demain.

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Ceci n'est qu'une fenêtre sur Cour, une lucarne sur un présent si ténu. Insaisissable bâtisse, cette gare de Cour a la pierre qui change, au fil de l'Heure, tel un caméléon. Telle est l'oeuvre des sarments, tantôt verts, tantôt rouges, qui l'habillent et lui font chanter l'air des saisons, qui grimpent et se tortillent au rythme des lendemains. La gare de Cour a la pierre qui file à travers le temps.

Cour-sur-Heure4.JPGSur la ligne 132, les gares de Cour-sur-Heure, de Walcourt et de Mariembourg sont uniques et dignes de l'éternité. Parce qu'elle prend moins de place, Cour cèdera moins vite face aux programmes aveugles de l'homme. Parce qu'elle vit parmi les vivaces, Cour pâtira moins vite de l'étranglement. Revenez dans cent ans et dites-moi si la nature a gardé ses droits.

Il faudrait la classer, vite, avant que la bête n'écrase ce qu'elle a semé. Etrange ambition de l'homme, qui passe sa vie à reconstruire. Car Cour est un édifice précieux, un souvenir d'époque auquel on ne devrait toucher sans doigté. Il faudrait le classer, vite, avant que les machines n'en aient raison. Habitants, tenez bon! Et puisez abondamment, dans l'Eau d'Heure qui coule et les tiges qui grimpent, la force de résister.

Ceci n'était qu'une fenêtre sur Cour, une lucarne, un tout petit oculus sur un lieu étonnant...

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[Illustrations - Cinq vues de la gare de Cour-sur-Heure, sur la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg). Les deux premières photos ont été prises le 25 septembre 2009, les deux suivantes le 24 juillet 2010 et la dernière le 6 novembre 2010.]

08/10/2010

L'illusion

Ils avaient 12, 12, 14, 15 et 18 ans. Une petite bande de village, aux regards rebelles, en trainings et vestes en cuir. Les baskets claquant légèrement sur le ballast, les espadrilles un peu plus. Déjà engagés là où il ne faut jamais, sur de mauvaises voies, dopés à l'adrénaline, à l'insouciance, aux pulsions primaires. Cinq garçons du village, au mépris des lois, marchaient sur les voies, dans le tunnel de Jamioulx.

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Pensant la montre tourner juste, ils marchaient sans hâte. Les plus jeunes avaient suivi aveuglément. Ca la ferait, celle-là, quand on la raconterait aux copains! Pensant le temps tourner rond, on avait ravalé la crainte biliaire. Un silence apaisant soufflait dans le tunnel, frais et brumeux. Cinq garçons du village, jeunes derrière et grands devant, dérivaient sur les voies, les méninges dans le coton.

A Ham-sur-Heure, devant, les barrières descendirent. Les grands criaient déjà, leurs syllabes noyées dans l'écho de la sonnerie, les pieds paniqués par la distance vers la lumière. Y avait-il un plan B? Un sifflement sûr soufflait dans le tunnel humide, de plus en plus fort. Cinq garçons du village, dispersés face au destin, erraient sur les voies, la bile entre les dents.

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Il avait 12 ans. Un petit garçon se voulant grand, la mue dans la voix, l'innocence dissipée. Philippe palpait la pierre, dans le tunnel du danger, à la recherche de son espadrille dérobée. Un claquement soudain déchira l'air sifflant. Les mains palpaient encore, tremblantes, à quelques mètres du souffle grondeur et des phares aveuglants. A quelques pas de l'espadrille rebelle. Il y eut comme un éclair.

Dans le tunnel, il y eut un geste claquant de la main au pied. Il y eut un écart brusque et dix foulées effrénées, sur un sol vibrant, grondant, grinçant. Il y eut surtout les bras de JF, le grand, qui serra Philippe, dans la niche, sous la gorge, le souffle coupé. Et des tonnes de métal écrasant, roulant devant les pieds, encore et encore, dans l'obscurité retombée. Et des tonnes de métal broyant, dans un klaxon tardif, l'illusion puérile d'un fol exploit.

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[Remerciements à Philippe Romedenne de m'avoir prêté un souvenir de sa jeunesse.]

[Illustrations - Les trois photos ont été prises dans le tunnel d'Hour-Havenne, sur l'ancienne ligne 150, la première le 20 juin 2006, les deux suivantes le 19 août 2006.]

04/07/2009

A Philippeville, sans apéro

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J'aime la légèreté de juin. Pour peu que le soleil soit de la partie, c'est tout un été de plaisirs qui s'annonce. L'année scolaire s'achève, les mamans lèvent le pied, les manches se font plus courtes et colorées, on parle moins de foot et, solstice n'étant pas supplice, les barbecues crépitent et les hommes trinquent jusque tard. Plus près du sol, fleurs et feuillages s'étendent et se pavanent: les monts et vaux ainsi verdis invitent à des moites rêveries. Ravissantes et radieuses, les vieilles gares ronronnent d'aise au soleil couchant. La nuit sera courte et on remettra ça demain!

Philippeville2.JPGJuin dessèche aussi. Au loin, un clocher échaudé sonne distraitement l'heure du bain et de l'apéro. Mais pas de pastis ou de rosé pour moi ce soir-là. Située au sud-ouest de la ville, la gare de Philippeville ne figure pas à proximité immédiate des terrasses et des commerces. Excentrée et un peu excentrique, elle présente trois partciluarités qui font son charme. D'abord, c'est une des rares gares, peut-être même bien la seule, à avoir changé de ligne au cours de son histoire. Balisant aujourd'hui la ligne 132 (Charleroi-Mariembourg), elle était située sur la ligne 136B jusqu'à sa fermeture en 1962. La construction des barrages de l'Eau d'Heure, en 1970, rendit nécessaire une déviation du tracé existant de la ligne 132 de sorte que la gare de Philippeville, après huit années de fermeture, reprit le service voyageurs.

Autre curiosité, les autorails de la série 41, qui bourdonnent au-dessus des rails, s'arrêtent en des zones différentes, séparées d'une grosse centaine de mètres le long de l'unique quai, selon qu'ils descendent vers Charleroi ou remontent vers Couvin. A cet endroit, la ligne 132 est à voie unique, mais la gare dispose d'une voie d'évitement, peu utilisée. Enfin, la petite salle d'attente joyeusement peinturlurée occupe une annexe en briques collée au bâtiment, lequel abrite également une habitation privée.Philippeville3.JPG

Pas d'apéro donc. Mais qu'à cela ne tienne! Ce soir-là était tiède et l'herbe chantante. J'avais arrêté le temps avant que lui ne m'arrête. Seul sur le quai déserté, j'attendais un impossible départ vers Florennes-Central. Douce euphorie, folle utopie, moite rêverie que cette passion d'un passé pas si lointain, que je n'ai pas connu mais déjà tant regretté!

(Photos prises à Philippeville le 13 juin 2009)