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29/08/2016

Sous le soleil à Tilff

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La Grande Compagnie du Luxembourg établit, en 1866, à Tilff, une station de chemin de fer. A l'époque déjà, le joli village, comme déposé au pied de l'Ourthe par une main céleste, offrait une villégiature aux notables de la cité liégeoise. On lui affecta donc une gare, garante d'une certaine civilité, alors que l'automobile de masse n'était encore, au mieux, qu'une utopie.

Un siècle et demi plus tard, cette même gare de Tilff, privée de sa marquise mais toujours bien adossée à la roche, conserve plus qu'elle n'entretient, une vocation touristique. En remontant du halage, on remarque vite ces nouveaux touristes un peu formatés, qui tirent de petites valises en débarquant du train. Au moins ils pourront se reposer ici car, sous le soleil, tout baigne vraiment.

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tilff,gare,sncb,train,ligne 43La gare, elle, est désormais habitée. Si voilà qui la tiendra tiède lors des hivers les plus froids, ce n'est rien qui l'animera comme pouvaient le faire jadis le chef de sa gare et sa petite famille. Cette époque-là est révolu puisqu'il faut désormais qu'un lieu soit rentable avant d'être agréable. La vente de billets, l'information aux voyageurs, la sécurité des circulations: aujourd'hui, tout se robotise...

Tout se robotise, sauf le confort du voyageur qui, voie 1 surtout, subira les éléments lorsqu'ils se déchaînent et que le train a du retard. J'ai testé l'affaire sous le soleil, qui était de plomb, en pleine canicule: pas d'ombre l'après-midi, pas de répit, on cuit! Une salle d'attente, un abri à l'ombre, serait dans ce cas-ci un minimum exigible. S'il n'est plus exigé aujourd'hui, à Tilff comme ailleurs, c'est de guerre lasse.

Mais à vrai dire, il serait sot de laisser ces tracas éphémères nous détourner du cadre charmant offert par la gare et ses environs. C'est la porte des vacances, pardi! pour des générations en quête de calme, de sport ou d'air pur. Très vite, sous le soleil, la sonnerie du passage à niveau retentira et un autre train viendra. Avant de repartir, il lâchera sur le quai des mômes, des mamans et des grands-pères au regard pétillant... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Tilff ou ses environs le 26 août 2016.]

28/02/2015

Bien mal à Bomal

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43Ce n'était pas la première fois que je descendais à Bomal, et ce n'était pas non plus la dernière. Le hic, c'est que mes passages y sont toujours éphémères, soit parce qu'on m'emmène ailleurs, soit par la faute des éléments. Et donc ce lieu villageois et de villégiature m'échappe et me confond. Comme je ne contrôle ni la famille ni les éphémérides, je m'énerve vite à Bomal.

Sottement, ce jour-là, j'ai espéré que le brouillard occulterait mon impuissance à faire des silences de Bomal un air chantant. J'ai espéré naïvement que la neige des jours derniers aurait tenu, pour rendre un peu de matière aux troncs tristes balisant les torrents. Mais ni la brume ni la neige n'avaient encore prise, renvoyant l'image d'une localité désolée.

J'ai espéré que l'écume de l'Ourthe ou d'une Chouffe me retiendrait cette fois, mais j'avais déjà trop froid. De rares touristes flamands flânaient ou ronronnaient autour d'un chocolat chaud au Café Carré. Je n'ai trouvé, à l'évidence, aucun vieux combattant qui tienne à ma parler du village ou de ses gens, de leur histoire ou de leurs tourments. Bref, personne pour me parler de Bomal en bien.

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sncb,gare,train,bomal,ligne 43J'ai espéré, en repartant vers la gare moins d'une heure plus tard, qu'elle suffirait à me consoler. Après tout, elle parait marrante, elle qui fait penser à un gros bloc Lego posé, un peu négligemment, au milieu du paysage. Une gare à trois voies, en pierre, au sang froid, avec un guichet et des agents qui, vus de loin, vêtus de jaune, ressemblent à des Playmobil.

Mais c'était en vain. La gare, beaucoup trop jeune, ne m'a été d'aucun secours. Avec l'énergie du désespoir, je l'ai photographiée encore, en priant pour que mes clichés me forcent à revenir bien vite pour conjurer le sort. Histoire de me prouver qu'être bien mal à Bomal n'est pas une fatalité, et que viendra bien le jour calme et ensoleillé où nous serons enfin en phase.

 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Bomal le 11 août 2012, le 12 août 2012 et le 30 décembre 2014] 

06/12/2010

En avant, Marche!

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MarcheEnFamenne3.JPGFallait-il vraiment prendre le train dans l'obscurité glacée ce matin-là? Fallait-il vraiment quitter la chaleur douillette des intérieurs et croire en un éphémère rayon de soleil? Les regrets sont montés en gare de Namur, lors du transit, et ne m'ont pas lâché à Marloie lors du changement suivant, sous de grosses gouttes froides. Trop tard pour faire volte-face, trop tard pour le sur-place.

J'aurais dû savoir qu'à Marche, en Famenne, sous leur moral d'acier, les hommes ont un coeur tendre. Et qu'ils ont laissé la gare, quoique vouée à d'autres desseins, régner le long des rails et veiller aux voies vers la ville. J'aurais dû savoir qu'à Marche, même quand elle grelotte, la vieille gare est d'aplomb, comme au siècle dernier. J'aurais pu rester chez moi. Mais trop tard pour le demi-tour, trop tard pour le renversement.

Le train m'a laissé sur le quai de Marche tel un oiseau tombé du nid. De froid transi, j'ai fui le vent piquant sous un abri sali par des slogans sectaires et des croquis obscènes. Mais, après un temps, les pieds gelés n'ont plus tenu en place. J'ai donc sorti l'objectif sans trop d'adresse, en me disant que c'était là le moment. Un pied raide devant l'autre, j'y suis allé franchement.

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MarcheEnFamenne4.JPGJ'ai exploré la gare sans entrer, en serrant les murs de près comme de loin. J'ai pris trois douzaines d'images, avant d'admirer les lampadaires et les vestiges d'un passé marchand. J'ai longé le quai sans compter et sans dégeler, sans vouloir attendre un autre train. Alors, je suis descendu en ville, une jambe raide devant l'autre. Dans la vie, il faut marcher pour se tirer d'affaire.

Alors, fallait-il vraiment prendre le train ce matin-là, au risque de prendre la grippe en gare? Fallait-il vraiment voir Marche en Famenne, au risque de prendre la gare en grippe? Oui, il le fallait, à n'en pas douter, car j'en rêve encore, surtout les matins, quand le ciel est gris et bas sur le quai à Charleroi. En avant, Marche! C'est la seule chose à faire pour tenir debout...

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[Illustrations - Les photos ont été prises en gare de Marche en Famenne le 30 décembre 2009. La carte postale montre la gare trois quarts de siècle plus tôt, à l'époque des trains à vapeur et des cours à marchandises actives à toute heure. On remarque également qu'à l'origine, ce tronçon de la ligne 43 (Liège-Marloie) était à double voie et qu'il existait des voies de garage pour les wagons de marchandises. Beaucoup de choses ont changé, mais la gare a gardé la même superbe.]

 

14/12/2008

Grand virage à Rivage

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C'est un de mes coins préférés. Le genre d'endroit où s'asseoir sur une dalle glacée vous donne chaud. Un lieu où chaque seconde compte pour une heure et une heure pour un mois. Les jeunes hommes et femmes qui embarquent et débarquent semblent sortis d'un jeu de rôle. La gare elle-même est une invitation à une fête géante chaque jour reprogrammée au lendemain.

C'est le dernier arrêt avant une erreur de parcours. Soyez dans le bon train, car s'il part à gauche, il vous emmènera à Coo. S'il part à droite, il vous déposera à Barvaux. Si vous avez peur de vous tromper, descendez. Vous verrez: il y a de pires coins où errer.

sncb,rivage,gare,ourthe,amblèveEt si vous avez besoin d'un guide, appelez-moi! En un peu plus de deux heures, cinq gares je vous montrerai. Deux belles égarées, une tourmentée, une déguisée et puis celle-ci. C'est un de mes coins préférés. Le genre d'endroit où s'émouvoir de l'heure est une erreur. Car chaque heure compte pour un mois et chaque mois pour un siècle.

Alors, ce soir, asseyons-nous sur une dalle glacée. Pas trop près de la voie, des fois que notre festin soit happé. Et surtout, ne reprogrammons pas la fête! Sortons champagne et canapés, et savourons! Et quand s'éteindront déjà les lampions, contre la roche nous nous assoupirons, bercés par le va-et-vient des convois ferrés.

Ça sent bon l'Ourthe et ça sent bon l'Amblève: nous sommes à Rivage!

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Rivage le 8 juillet 2007.]