Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

01/08/2011

Vers la verte Merbes-Sainte-Marie

[Neuvième d'une série de vingt-quatre articles concernant l'ancienne ligne 109 (Mons-Chimay). La série a commencé à Mons gare latérale et a marqué des haltes là où le train s'arrêtait, c'est-à-dire à Cuesmes-Etat, Hyon-Ciply, Harmignies, Vellereille-le-Sec, Estinnes et Fauroeulx.]

Merbes-Ste-Marie_5.JPG

Un peu moins de six kilomètres séparaient les gares de Fauroeulx et de Merbes-Sainte-Marie, sur la ligne 109, dans un paysage assurément rural qui a peu évolué. On peut même affirmer, à peu de choses près, qu'à cet endroit, la seule altération topographique majeure du siècle dernier a été l'arrêt de l'exploitation ferroviaire en 1962. La nature a depuis repris son dû, débarrassée des tonnes de métal et autres matériaux nécessaires à la circulation des trains.

Comme souligné précédemment, il reste très peu de traces du glorieux passé de l'ancienne gare de Fauroeulx, gare de correpondance entre les lignes 108 (Haine-St-Pierre/Erquelinnes) et 109 (Mons/Chimay), de sa cour à marchandises ou de ses deux postes de block. En reprenant la marche vers le sud, il faut traverser la rue Charles Gantois, jadis barrée par le passage à niveau n°42 marquant la sortie de Fauroeulx. Moins de cent mètres plus loin se trouvait l'aiguillage envoyant le trafic vers Lobbes et Chimay, à gauche, ou vers Erquelinnes, à droite. Aujourd'hui, ce point marque le départ d'un nouveau sentier du Réseau Autonome des Voies Lentes (RAVeL), le 109/1, ayant conservé le numéro de l'ancienne ligne de chemin de fer dont il occupe désormais l'assiette.

Merbes-Ste-Marie_1.JPG

Celui qui connait un peu l'histoire de la ligne sera ainsi frappé par l'ironie de son destin. Car le comble de l'histoire n'est-il pas de voir les cyclistes d'aujourd'hui rallier Merbes par la 109 plus vite que les trains d'autrefois? Pour comprendre, il faut rappeler la vitesse particulièrement faible des trains arpentant la ligne, surtout après 1945, en raison de son exploitation simplifiée. Au moins un des deux passages à niveau situés dans le kilomètre suivant la gare de Fauroeulx devait être franchi à très faible allure, voire même au pas.

Merbes-Ste-Marie_2.JPGLa ligne 109 s'enfonçait ensuite dans le Bois de Pincemaille. S'il ne pédale pas trop vite à travers bois, le cycliste pourra remarquer sur la droite, à environ deux kilomètres de la gare de Fauroeulx, la pile d'un ancien pont sur laquelle s'est affalée une longue ferraille rouillée. Il s'agit là sans doute du dernier vestige du Decauville qui reliait jadis les sablières de Peissant à la ligne 109. Dans le chapitre qu'il concerne à la ligne 109, Henri Scaillet explique que "le Decauville [surplombant] la voie du raccordement, [...] le transvasement des wagonnets de sable [s'effectuait] par simple gravité dans les wagons de la SNCB, placés sur le raccordement qui longeait la voie principale.".

Au fil de la ballade sylvestre si paisible, on oublie un peu l'histoire du rail. Le silence n'est que rarement interrompu par le sifflement sourd des vélos filant vers Merbes ou Fauroeulx. Au bout d'une demi-heure, cependant, le bruit de la circulation automobile, d'abord distant, avertit de l'approche d'un lieu davantage habité. L'artère bruyante est la route provinciale (Nationale 55) reliant Binche à Erquelinnes, que coupe perpendiculairement, non sans danger, le RAVeL 109/1. De l'autre côté de ce carrefour, autrefois passage à niveau, se dresse sans fard l'ancienne gare de Merbes-Sainte-Marie.

Merbes-Ste-Marie_3.JPG

Merbes-Ste-Marie_6.JPGAujourd'hui habitée par un commerçant en mobilier de jardin, la gare semble s'être affaissée un peu. Est-ce là l'effet du lierre grimpant qui l'habille à moitié ou le signe du temps qui court en ignorant l'empreinte trop discrète qu'elle a laissée dans l'histoire du rail? Henri Scaillet nous apprend en tout cas que, dès les années 1950, Merbes-Sainte-Marie n'était plus guère qu'une halte, et non plus une gare, où seule la garde-barrière était toujours en poste, ajoutant à sa fonction première la vente de billets et d'abonnements.

Dans cette région rurale au charme indéniable, si la gare de Merbes-Sainte-Marie parait verte encore, c'est moins une marque de jeunesse qu'une preuve de sa capitulation face aux forces lentes de la nature qui, été après été, au rythme du lierre et de la mousse, la ramènent à la terre un peu plus encore.

Merbes-Ste-Marie_4.JPG
[Illustrations - Photos prises le 3 juillet et le 31 juillet 2011.]