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13/05/2011

[ZA] Le Musée des Transports de George

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George2.JPGTrente heures de trajet en voiture, deux avions et trois trains: c'est ainsi que je suis rentré chez moi, de Knysna à Lobbes en passant par Le Cap, Londres, Bruxelles et Charleroi. L'arrêt en route au Musée des Transports Outeniqua de George, d'abord prévu la veille, est devenu tout un symbole de mes itinérances. Il a surtout permis de percer le mystère de ces gares fantômes - Mossel Bay, Sedgefield, Knysna - laissées derrière moi.

Le musée est une évocation sans prétention des transports d'antan, un parcours sans fil rouge entre l'antique tricycle et les premiers bus scolaires, en passant par des Studebaker blinquantes et même un corbillard aux parures sombres mais délicates que tirait jadis un attelage équestre. Mais c'est le train qui domine, rappelant la fascination qu'il a exercé autrefois jusqu'au dernier degré sud de l'Afrique.

Le musée de George n'est pas le seul du genre en Afrique du Sud. Mais ce qui le distingue peut-être des autres, c'est l'attention exclusive réservée à la traction vapeur. Pendant de nombreuses années, la vie du musée a d'ailleurs été rythmée par les sifflements langoureux d'un train touristique, l'Outeniqua Choo-Tjoe, parcourant le tracé pittoresque entre George et Knysna, une ligne en antenne se jouant des montagnes de l'Outeniqua bordant l'Océan indien.

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George5.JPGEn août 2006, cependant, des inondations catastrophiques ont à ce point endommagé l'assiette de la voie que le service a été interrompu pour une durée indéterminée. Les dégâts étant chiffrés à plus de 14 millions d'EUR, le Choo-Tjoe a alors entamé une deuxième carrière entre George et Mossel Bay. En septembre 2010, cependant, l'exploitant a préféré arrêter les frais, le service s'avérant moins rentable que lors des parcours vers Knysna.

Voilà donc qui explique pourquoi toutes les gares sur mon chemin étaient à l'abandon. L'avenir du Choo-Tjoe est incertain, même si les autorités locales estiment qu'un effort particulier doit être entrepris pour sauvegarder ce témoignage vivant du rail d'autrefois. Alors, je suis rentré chez moi, à Lobbes, le coeur un peu en berne, en me jurant de narrer ce récit pour ne jamais oublier ces trains ayant roulé jusqu'au dernier degré sud de l'Afrique.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à George, en Afrique du Sud, le 28 mars 2011. On notera, au centre, une locomotive de type 4-6-0 des South African Railways. Il s'agit d'une Class 6J livrée par Neilson, Reid &Co en 1902 et ayant circulé pendant de nombreuses années dans la région du Cap. La dernière du genre a servi jusqu'en 1972. La locomotive figurant dans la photo dessous est une Class 19C livrée en 1935 par North British Locomotive Co ayant servi jusqu'en 1978, alors que certaines de ses congénères moins âgées circulent toujours en service régulier! Tout en bas, une réplique de la gare d'Eston, représentative du type de gares péri-urbaines que l'on trouve encore en Afrique du Sud.]

30/04/2011

[ZA] Sous les étoiles à Knysna

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Knysna5.JPGCe soir-là, couché dans l'herbe humide, j'avais les yeux tournés vers un ciel de nuit peuplé d'étoiles inconnues - la Croix du Sud, Sirius et la Couronne australe. A Liesel, qui m'accompagnait, j'ai expliqué qu'en Belgique, les trains étaient remplis de voyageurs déconfits par les retards d'une dizaine de minutes. "Mon Dieu,", a-t-elle dit, "mais que feraient-ils ici, où les retards sont parfois de plusieurs heures?". J'ai souri et un silence s'est établi.

Alors, mes pensées sont retournées en gare de Knysna, qu'elle m'avait montré plus tôt, en début de soirée. Knysna, là-même où les Bleus n'ont pas voulu descendre du car lors du Mondial 2010. Une station balnéaire proprette et paisible neuf mois plus tard, en ce début d'automne austral. Un front de mer animé, où l'air du large se mêle à l'odeur des poissons grillés.

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"Parfois,", a-t-elle ajouté, "le train prend un jour de retard, surtout quand il faut refaire la voie devant la loco.". "Incroyable!", ai-je murmuré. Y avait-il là une explication au silence des voies en gare de Knysna où, comme à Mossel Bay, les rails rouillent et les guichets n'aguichent plus? Puisque le mystère restait entier, j'ai souri un peu niaisement et j'ai repris la voie lactée.

Knysna3.JPGCette nuit-là, j'ai dormi d'un sommeil impatient, sans l'Etoile Polaire pour me guider. Des rêves hachurés m'ont ramené en gare de Knysna, soudain peuplée de voyageurs noirs et blancs. C'était un jour de fête, à en voir les toilettes de ces dames sur les quais décorés. Des trains arrivaient de toute part. Les locos, bardées de rosettes, virevoltaient telles des toupies sur la plaque tournante, crachant de la vapeur à tout-va.

Au jour levant, de Knysna en voiture nous sommes repartis. Rasé mais mal éveillé, j'avais la tête d'un étranger bougon, d'une loco maussade devant laquelle il faut refaire la voie. Encore eût-il fallu qu'il y ait une loco à Knysna, où les Bleus n'ont pas voulu descendre, mais où moi j'aurais aimé monter, dans un train vers George et au-delà. A Liesel, qui m'accompagnait, j'ai demandé si trente jours de train vers chez moi, retards compris, l'ennuieraient. Elle a souri et m'a répondu que, puisque les étoiles avaient disparu, le mystère serait bientôt percé.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises en gare de Knysna, en Afrique du Sud, le 27 mars 2011.]