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29/07/2017

[CA] Exporail, le musée ferroviaire canadien

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canada,train,musée,saint-constantAu retour d’une réunion de trois jours en Montérégie, je me suis arrêté à Saint-Constant, une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de route au sud de Montréal, qui héberge Exporail, le Musée ferroviaire canadien. Étonnamment, nombre de Québécois ignorent, si ce n’est son existence-même, sa mise en valeur d’une riche collection de matériel roulant historique finement restauré. La visite vaut le détour, de l’avis d’un accompagnant que les chemins de fer laissent habituellement indifférent.

Me demander de me contenter d’une visite de deux heures à peine est un châtiment cruel et, je veux le croire, immérité ! Je n’avais pourtant pas le choix, et c’est donc avec les sens en alerte maximale que je me suis lancé dans un parcours effréné en serpentant, sans trop lire, les allées du pavillon Angus (1) entre des trams, locomotives, voitures et fourgons aux allures parfois inhabituelles, puis la vaste cour extérieure où reposaient, en cette fin d’hiver, une autre panoplie d’engins bigarrés.

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canada,train,musée,saint-constantChaque musée des chemins de fer offre un instantané d’une histoire avant tout nationale. Mais si les emblèmes de la tradition varient d’un pays à l’autre, on y reconnait la même genèse, fondée sur le même espoir, il y a presque deux siècles, d’allonger et d’accélérer le transport des personnes et des marchandises. Pourtant, dès les premiers regards sur le matériel exposé, on saisit ces particularités canadiennes que sont les distances et le froid hivernal extrêmes.

En plusieurs coins stratégiques du pavillon, des conteurs aux accents presque impossibles approchent le visiteur pour lui narrer une scène insoupçonnée de l’héritage ferroviaire national. A cet égard, la visite guidée de la voiture tout en luxe ayant transporté les vedettes des Canadiens de Montréal (hockey sur glace) dans les années 1920 est un moment inoubliable. Et que dire de cette étonnante baladeuse à gradins que les transports municipaux sortaient lors des grandes fêtes pour parader un grand orchestre ?

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canada,train,musée,saint-constantLors de la promenade dans la cour, toujours montre en main, une fine pluie tombée d’un ciel très gris a nappé les voitures historiques nouvellement acquises d’une pellicule nostalgique. Entre la plaque tournante et la gare de Barrington transposée, le regard se perd entre les bogies des véhicules déclassés, ou à hauteur de fenêtre entre deux de leurs compartiments aux sièges à jamais délaissés. Ici, plus qu’ailleurs sans doute, il faut s’incliner devant le labeur bénévole des passionnés, qui s’acharnent à rendre aux vénérables caisses leur lustre d’antan.

Et donc que choisir comme souvenir, à la boutique, avant de repartir, parmi ces dizaines d’ouvrages très spécialisés me parlant de trains finalement inconnus ? En fait, j’aurais pu prendre n’importe lequel, car chacun m’aurait donné le premier carré d’une mosaïque insoupçonnée représentant la très riche histoire des chemins de fer du Canada…

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Exporail, le musée ferroviaire canadien, à Saint-Constant (Québec), le 22 avril 2017.]

 

23/02/2017

Block 4

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[Le block 4, photographié de la route de Mons le 1er juin 2014.]

Pour la dernière fois sans doute, je suis ressorti de la cabine en ruine le cœur un peu gros. Sous un ciel très gris, je me suis éloigné sans trop savoir où aller. Je me suis retourné une fois encore, puis j’ai laissé aux phares défilant sur la chaussée le soin de me chasser vers un coin moins sinistre... C’est que la mort d’une ligne ferrée, aussi méconnue soit-elle, me plonge dans une mélancolie sans fond. C’est étrange et  c’est souvent une longue histoire…

***

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[Le 31 octobre 2016, la route de Mons à Dampremy à l’endroit même où la franchissait naguère le petit pont ferroviaire de la ligne 260.]

Il y a de longs mois déjà, un camion circulant route de Mons à Dampremy percutait le petit pont ferroviaire tout vieilli, tout rouillé, la surplombant peu avant La Providence. Le petit pont fut démoli, et on estima qu’il ne devait pas être reconstruit. Cet accident, aussi anodin parût-il, sonna le glas de la ligne industrielle 260, qui fut longtemps une place-forte dans le transport des matériaux et produits de la métallurgie carolorégienne.

J’espère lire un jour l’article ou l’ouvrage de vrais historiens qui m’en apprendront davantage sur ses lourds trains et multiples raccordements. Notons toutefois que la ligne 260, mise en service dès 1882, n’eut jamais le transport de voyageurs pour vocation. Si tel avait été le cas, elle leur aurait proposé une bien saisissante et sinueuse traversée, tout en fumées, tout en tuyaux, des fleurons du Pays Noir à la belle époque…

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[Après avoir quitté Monceau-Formation, la ligne 260 se faufilait sous la rue du Port avant de venir longer le canal. Cette vue a été prise le 18 février 2017 du pont permettant à la rue du Port, qui plus loin devient la route Latérale, de franchir le canal.]

La ligne se détachait de Monceau-Formation au niveau du Groupe Nord après avoir franchi les quatre voies des lignes 124 (Bruxelles-Charleroi) et 124A. Puis elle venait se poser sur un talus le long du canal, qu’elle suivait un moment tout en bordant la cokerie, avant de virer vers les forges, fonderies et hauts-fourneaux. Passé le petit pont disparu, les rails venaient toiser la Sambre bardée de cheminées, où se confondaient la brume matinale et les fumées recrachées par les métaux en fusion. A une époque, les wagons se chargeaient et se déchargeaient par milliers… chaque semaine !

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[La ligne 260 bordait et desservait la cokerie de Marchienne, fermée en 2007. Comme le montre cette vue prise le 29 janvier 2017, le paysage à cet endroit, parmi un des plus souillés de Belgique, symbolise à lui seul le déclin irrémédiable de l’industrie sidérurgique au Pays Noir.]

Mais avec le temps, leur axe d’évacuation vers le nord et notamment le port d’Anvers, via Monceau et la ligne 124, se satura. En septembre 1988, la SNCB inaugura un nouveau faisceau de six voies dit de la « Blanchisserie », du nom de l’ancien puits de charbonnage situé non loin, qui permit d’évacuer les wagons de Cockerill, puis Carsid, par la ligne 140 (Charleroi-Ouest – Ottignies) fraichement électrifiée, en évitant le lent et tortueux parcours vers Monceau…

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[Le 31 août 2014, le soleil se couche sur le faisceau Blanchisserie, ici photographié en direction de Charleroi-Ouest et de la ligne 140, et sur le block 4, visible à gauche sur l’image. La caténaire n’a pas encore été retirée, cinq mois avant la mise hors écritures de la ligne 260 et de ses installations.]

Une cabine de signalisation fut construite à la sortie du faisceau du côté Providence. Il s’agissait du block 4, dépendant de la gare de Monceau. Evidemment, j’aurais aimé le visiter de son vivant. Mais comme je ne suis pas « de la maison », ce genre de lieux m’est généralement interdit. Je me suis donc contenté de visites post-mortem, avec mon habituelle ambition d’entretenir le souvenir de personnes à ce jour  inconnues.

***

Et donc, lorsque je suis ressorti de cette cabine en ruine pour la dernière fois, ce jour-là, j’avais l’impression de porter sur mes épaules, par procuration, les rêves brisés de milliers d’ouvriers.

En pénétrant, quelques minutes plus tôt, dans l’édifice aux baies fracturées, j’avais vite remarqué une odeur de tabac tiède, m’apprenant que la visite du jour ne serait pas tout à fait solitaire. Un jeune couple de SDF – ou de réfugiés, ou d’amoureux interdits ? – somnolait dans un coin, blottis contre le froid humide… Ils ont ouvert les yeux, hagards, inquiets de mon intrusion. Mais je suis presque invisible et ils se sont aussitôt rendormis.

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[L’intime mélancolie d’une cabine de signalisation abandonnée se manifeste sur ce cliché – parmi tant d’autres ! – saisi dans le poste de block 4 le 4 octobre 2015.]

En me frayant un passage à travers le mobilier saccagé, j’ai mené une dernière inspection. Sur un mur pas très loin des casiers fracturés, le vieux calendrier tenait encore, affichant pour toujours les jours de septembre 2008. Puis, je suis revenu vers le tableau optique, ultime vestige relativement intact. J’ai regardé par les fenêtres jaunies, à moitié éclatées : je n’y ai vu que des rails désolés et, au-delà, un locotracteur inanimé et des métaux momifiés.

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[« Par les fenêtres jaunies… que des rails désolés… un locotracteur inanimé et des métaux momifiés », le 20 janvier 2016.]

A l’analyse, répétée souvent, il m’a semblé qu’avec chaque jour qui passait, de nouveaux éléments avaient disparu de l’ancien pupitre de commande… En me tenant bien devant, pour la toute dernière fois, j’ai cherché en vain, dans la forêt des boutons-poussoirs restant, celui marqué « Fin ». Celui qui m’aurait permis de mettre un point final à l’agonie de ce lieu étranger, aimé post-mortem, de ce block 4 bientôt oublié…

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[« J’ai cherché en vain… celui marqué « Fin »…, le 20 janvier 2016, en invoquant la Providence, la Blanchisserie et tous les dieux du chemin de fer, avant de sortir du block 4, pour la dernière fois sans doute, sous un ciel très gris... ]

30/12/2016

Une journée en train

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train,billet shopping,liège-guillemins,spa-géronstère,spa,pepinster,dolhain-gileppe,gare,ligne 37,ligne 44Cela a commencé comme une chanson d'enfant. Un seul voyageur dans le bus, deux dans le train, trois sur le quai, quatre dans la librairie... Il gelait à pierre fendre ce matin, l'avant-dernier de l'année, la nuit n'ayant que mieux nappé les campagnes d'un film givré. En glissant vers Lobbes, le pantographe craquait de mille étincelles argentées avant de m'emmener au loin.

L'accompagnateur a raillé. "Eh ben, vous, vous ne serez pas vite arrivé!" Ben non, aurais-je dû dire. Mais c'est devenu comme un rituel, entre les fêtes, de m'envoyer, au prix d'un billet Shopping, à l'autre bout du pays! Et cela commence toujours, tel un polar, en sentant la Sambre glacée et noire serpenter sous le train avant Marchienne-Zône.

A Charleroi, d'abord, j'ai souhaité un bon réveillon à Thibaut et à Sergio en leur prenant un café. Après, les kilomètres se sont enchaînés, dès le soleil sur Tamines levé et au-delà des brouillards mosans de Bas-Oha. Aux Guillemins, puis à Pepinster, il m'a fallu changer de train pour partir encore, avant de toucher terre à Spa-Géronstère.

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train,billet shopping,liège-guillemins,spa-géronstère,spa,pepinster,dolhain-gileppe,gare,ligne 37,ligne 44Au dégel, j'ai traversé Spa en m'arrêtant aux abords de chaque monument, signe d'une ancienne Belgique. J'y ai trouvé une lumière franche, démentant décembre, peignant au pastel les pierres et leurs tourments. Et puis j'ai fui! J'ai découvert Dolhain-Gileppe et sa courbe moderne, avant de prendre quelques clichés de Pepinster et son triangle.

Décembre démentant, le crépuscule est trop vite arrivé. De retour aux Guillemins, j'ai salué le machiniste de la 7766 manoeuvrant pour la changer de front, ronronnante comme moi au bout de ma journée. Cela s'est terminé comme une autre comptine: il y eut neuf trains, six gares et trois billets, de Lobbes à Lobbes, entre deux méandres de la Sambre endormie... 

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises le 30 décembre 2016. ::de haut en bas:: Le billet Shopping m'ayant permis de couvrir le plus grand nombre de kilomètres : La gare de Liège-Guillemins accueille pendant les fêtes une animation d'automates de Noël, sous chapiteau : Le terminus de Spa-Géronstère, sur la ligne 44, où l'automotrice 647 s'apprête à repartir vers Aachen [D] : Le nouveau point d'arrêt de Dolhain-Gileppe, sur la ligne 37 : Départ de Pepinster à destination de Liège-Guillemins à bord de l'IC438, assuré par la 1867 et un long convoi de voitures M6 aptes à circuler à 200km/h.]

20/06/2016

Pour la petite histoire

orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainAprès la grève, je voulais revoir les trains. Je suis parti un dimanche après-midi comme souvent. Jamais très loin de la ligne 130a, ma ligne. Souvent de Marchienne-Zône à Charleroi-Sud, selon un de mes itinéraires parmi une multitude. Et donc, à Marchienne-Zône, vers 15h45, après que je dois descendu du train, a été annoncé un train en passage. Je me suis acroupi et la 1354 est passée, remontant vers Jeumont, seule.

On était le 5 juin 2016, aujourd'hui. Avec cette photo de la 1354, banale au départ, j'ai entamé ma promenade. Il faisait lourd, même sans un vrai soleil. J'ai pris par le canal, pour avoir de l'air. J'ai marché vite, sans trop savoir pourquoi. A 16h59, je me suis installé voie 11 à Charleroi-Sud. Il ne me restait plus qu'à passer le temps, absentément, en attendant le train de 18h14.

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orient-express,charleroi-sud,marcheinne-zône,ligne 130a,gare,trainEt puis voie 11 a été annoncé un train en passage. En scrutant le lointain d'où j'étais, il m'a semblé que la 1354 revenait déjà de la frontière. Mais que tirait-elle donc, car on aurait dit, d'aussi loin, des voitures voyageurs? Tout de même pas des M4? Et puis stupeur (et tremblement), alors que la 1354 longeait déjà le quai, à 17h27: ne voilà pas qu'elle tractait ni plus ni moins que l'Orient-Express!

Le hasard donnant lieu à l'improvisation, j'ai tenté d'en saisir une image qui vaille. Le prestigieux convoi s'est arrêté un très court instant, me laissant photographier sa plaque. Le Venice-Simplon-Orient-Express! Et puis il est reparti, me laissant plein de regrets. Ah! Si j'avais su! Je me serais posté voie 10, ou mieux encore à La Buissière, voie 1, collé aux arbres, piaffant avant l'instant de grâce.

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J’ai aperçu, du mauvais côté des fenêtres, les intérieurs précieux des compartiments. Les boiseries d’un autre temps, les cuivres blinquant et, furtivement, le personnel ressemblant à autant de majordomes… Il n’y avait à bord, semble-t-il, aucun voyageur, personne prenant le thé, attablé devant de vieilles porcelaines et des cuillères en argent. Non, l’Orient-Express est reparti anonymement, comme il était venu, pour la petite histoire.

Car la grande histoire, celle que l’on retiendra à jamais de ce 5 juin 2016, c’était cinq heures plus tard, à 23h03 précises, quand est survenue cette collision fatale dans le brouillard d’Hermalle, quand le train de Liège s’est encastré dans des wagons Ermewa, ôtant la vie à un conducteur et deux voyageurs.

28/03/2016

Train World

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train world,musée,sncb,trainLe nouveau musée national des chemins de fer, Train World, a été inauguré en novembre sur le site de la gare de Schaerbeek. Parce que je suis de très près l’actualité ferroviaire, j’avais déjà une bonne idée de ce que j’allais pouvoir y trouver, ou pas. J’attendais donc quelques surprises et de l’émotion née de la scénarisation de François Schuyten.

Pour cette première visite, je m’étais imposé un temps limite de deux heures et demie, proportionnel à la taille du musée. C’était un vendredi après-midi, quand je suis fatigué et donc plus ouvert aux émotions fortes. Avec l’audioguide, pour mieux apprécier. Après un repas, histoire de mieux digérer. Avec mon appareil photo, évidemment.

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train world,musée,sncb,trainAu bout du parcours, je me suis dit que Train World était une belle expérience, un instantané joliment réfléchi de l’épopée de nos trains, qui fera passer un agréable moment aux familles et aux amateurs de belgitude. La lumière y est changeante, car des spots balaient la pénombre qui entoure vestiges et reliques. Ceux-ci semblent jaillir du néant, conférant aux récits du rail une patine stroboscopée.

Le véritable passionné de chemins de fer, je le confirme, restera sans doute sur sa faim. C’est qu’au regard de l’histoire prestigieuse du rail en nos contrées, le musée n’est pas richement fourni en matériel roulant. Il aurait fallu un site plus vaste, une autre politique patrimoniale, davantage d’ambition… Un jour peut-être, en rassemblant les collections…

Mais si, au bout du parcours, je suis ressorti avec le sourire, c’est parce que je me suis rappelé que la surprise venait de l’ordinaire. Même avec mille locos, Train World aurait pu décevoir… Alors, ne cherchons pas le plaisir dans le nombre, mais dans le souvenir ému des choses d’avant, des horloges d’antan, des vieux poinçons et des labeurs vaillants de générations de cheminots.

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[ILLUSTRATIONS - Photos prises à Train World le 29 janvier 2016.]